LE CAP-VERT

Pays né d'un hasard heureux

La légende dit que le Cap-Vert n'était pas prévu dans le plan du Créateur...

Lors de la création du monde, Il parsema les océans et les mers de continents qu'Il modela de montagnes, de plaines et de lacs, quand Il eût terminé ce travail, il lui fallut encore concevoir le monde vivant.

Mais Il avait les mains souillées et c'est en se les frottant l'une contre l'autre que dix morceaux de roches et de terres tombèrent dans l'océan, "dez graõzinhas di terra" qui formèrent le Cap-Vert, et que la légende présente comme le symbole du respect pour le monde du vivant, n'est-ce pas d'une grande actualité?

Moment
Azul
Cesária Évora
Séance photos avec Pierre-René Worms

Découvert assez tard en 1460 par les Portugais, son peuplement fut lent, s'étirant jusqu'à la moitié du 19ème siècle. Il accueillit la toute première cathédrale d'Afrique malheureusement aujourd'hui en ruines à Ribeira Grande de Santiago, devint un lieu important d'étape et de passage du trafic d'esclaves, fut attaqué et pillé à plusieurs reprises par de redoutables pirates.

L'archipel subit des famines et des épidémies qui décimèrent sa population, se transforma en escale de ravitaillement en charbon des bateaux à vapeur, à son indépendance en 1975 ce tout petit pays était aussi l'un des plus pauvres du monde.

Depuis, en devenant par ailleurs un modèle de démocratie dans un continent coutumier de violences politiques, il cherche à développer son économie autour du tourisme en espérant que la beauté de ses paysages, la richesse de sa culture et l'hospitalité de sa population le feront entrer un jour dans le palmarès des destinations recherchées.

Chacune des dix îles de l'archipel est différente et ce qui le caractérise le plus et l'unifie est le contraste permanent qui s'expose au regard : le noir de la lave et le blanc du sable, l'aridité de la rocaille et la luxuriance des plantations, le modelé des dunes et le dentelé des montagnes.
Un inventaire incomplet sans le calme des baies et la violence du grand océan, l'apaisante douceur de l'eau et la douloureuse brûlure du volcan, la constante horizontalité de la mer et la brutale verticalité des montagnes et enfin l'humilité du peuple et la démonstration des privilégiés.
 
Si un seul mot pouvait définir chaque île nous dirions : le commerce à Sal, le pouvoir à Santiago, la culture à São Vicente, la campagne à São Nicolau, la splendeur à Santo Antão, la chaleur à Fogo, la douceur à Boa Vista, la langueur à Maio, les fleurs à Brava et le désert à Santa Luzia.

SÃO VICENTE

L'île cosmopolite par excellence

Avec un développement tardif au 19ème siècle autour de Mindelo et de son port Porto Grande, São Vicente a toujours été un carrefour, un nœud, une escale entre trois continents pour l'aéropostale, les transatlantiques et les télécommunications.

Les taxes douanières et le brassage des cultures ont favorisé l'éclosion d'une grande et belle cité créole aux multiples influences, notamment portugaise et anglaise, et soumise aux vicissitudes de la prospérité.

Encore solide et inerte face aux attaques de la modernité et de la spéculation, la ville de Mindelo et son cœur historique savent charmer le voyageur par son architecture coloniale mais ce qui fait cette ville, c'est son beau peuple souriant et de bonne humeur, le flegme tropical de son allure, l'ironie et le sens de la satire dans sa relation aux autres et surtout le goût immodéré pour la fête et le spectacle lors du festival de Baia das Gatas à la pleine lune d'Août, celui de théâtre Mindel'act en septembre, les fêtes du nouvel an et de la São Joao mais ce goût est à son paroxysme au carnaval le jour de mardi gras.

Randonnées sur les chemins de crête, farniente sur l'une des nombreuses plages fréquentées ou secrètes, concerts de mornas et de coladeiras en soirées, sans oublier bien sûr toutes les activités futiles et coûteuses du monde riche sont à la disposition du voyageur sur l'île de Sao Vicente où le tourisme n'est pas encore, heureusement, très développé...

C'est loin de la bouche du monde ("longe di boca dess mundo", d'après la morna Bia de B.Leza chantée par Cesaria Evora), là, dans l'immobilité, la minéralité et l'immensité du paysage, le voyageur livré à lui-même peut se mettre en retrait et chercher réponse... sur les hauteurs de cette île, à la Casa Azul.